Juridique,  Obligations Légales

DUERP : Un changement de loi : de la sanction pénale théorique à l’amende administrative immédiate

Auteur

Jean-François

Publié le

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DUERP 2026 : le Document Unique entre dans une nouvelle ère de responsabilité pour les employeurs

DUERP - Bientôt une amende immédiate de 4000 euros par salarié !
Longtemps traité, au mieux, comme une simple formalité administrative, le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels pourrait devenir, dès 2026, un véritable point de contrôle financier, juridique et organisationnel pour les employeurs au réél. Il ne suffit plus d'avoir un DUERP, encore faut il qu'il soit conforme...
Le point principal de non conformité? les RPS ...

Le signal est clair : la loi relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, adopté par l’Assemblée nationale en première lecture le 7 avril 2026, puis dans le cadre du texte issu de la commission mixte paritaire le 5 mai 2026, prévoit d’intégrer l’absence de DUERP dans le champ des amendes administratives prononcées par l’autorité administrative compétente, sur rapport de l’inspection du travail. À la date du 7 mai 2026, le texte reste encore en discussion finale au Sénat, avec une séance publique annoncée le 11 mai 2026. Il convient donc de raisonner sous réserve de l’adoption définitive, de la promulgation et des éventuels textes d’application.

DUERP : Un changement de régime : de la sanction pénale théorique à l’amende administrative immédiate

Jusqu'à cette Loi, l’absence de transcription ou de mise à jour des résultats de l’évaluation des risques dans le DUERP était sanctionnée par une contravention de 5e classe. Cette sanction pouvait atteindre 1 500 euros pour une personne physique, 3 000 euros en récidive, 7 500 euros pour une personne morale, et 15 000 euros en récidive.

En pratique, ce régime a longtemps été perçu comme relativement peu dissuasif, sans sanction: il supposait une logique pénale, un traitement judiciaire, et il n’a pas toujours constitué une priorité opérationnelle de contrôle des institutions (trop lourd et trop long).

Le projet de loi marque un basculement. Le texte adopté à l’Assemblée nationale prévoit de compléter l’article L.8115-1 du Code du travail afin d’y ajouter les dispositions relatives au DUERP, « en cas d’absence du document ». Or, l’article L.8115-1 permet déjà à l’autorité administrative, sur rapport de l’agent de contrôle de l’inspection du travail et sous réserve de l’absence de poursuites pénales, soit d’adresser un avertissement, soit de prononcer une amende.

Désormais avec cette nouvelle loi, le montant maximal prévu par l’article L.8115-3 du Code du travail passe à 4 000 euros par employé concerné par le manquement. Ce plafond est doublé (8000 € / employé) en cas de nouveau manquement constaté dans un délai de deux ans.

Concrètement, pour une entreprise de 30 salariés dépourvue de DUERP, le risque maximal théorique était de 7500 €, SI, il y avait poursuite pénale.
Désormais il pourrait atteindre 120 000 euros sur simple amende administrative.

Pour une entreprise de 100 salariés, il pourrait atteindre 400 000 euros. En cas de récidive, ces montants pourraient être doublés et passer à 800 000 euros, toujours en cas de non-conformité du DUERP (il ne suffit pas d’en avoir fait un).

Il ne s’agit donc plus d’un simple rappel réglementaire. Le DUERP devient un sujet de gouvernance, de pilotage RH, de maîtrise du risque juridique et de protection financière de l’entreprise.

Le DUERP n’est pas un fichier : c’est la preuve d’une démarche de prévention

Le Code du travail impose à l’employeur d’évaluer les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, notamment dans l’organisation du travail, la définition des postes, l’aménagement des lieux de travail et les méthodes de travail.

Le DUERP n’a donc pas vocation à être un document figé, rangé dans un dossier informatique ou ressorti à l’occasion d’un contrôle. Il est la traduction écrite d’une démarche vivante : identifier les risques, les évaluer, les hiérarchiser, définir des actions, suivre leur mise en œuvre, conserver la trace des mises à jour et démontrer que l’employeur agit.

Depuis la loi Santé au travail du 2 août 2021, le DUERP doit répertorier l’ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs et assurer la traçabilité collective de ces expositions. Ses versions successives doivent être conservées pendant au moins quarante ans.

Pour les entreprises d’au moins 50 salariés, les résultats de l’évaluation doivent déboucher sur un Programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail — PAPRIPACT — comportant les mesures à prendre, leurs conditions d’exécution, leurs indicateurs, leur coût, les ressources mobilisées et un calendrier. Pour les entreprises de moins de 50 salariés, l’évaluation doit déboucher sur une liste d’actions de prévention consignée dans le DUERP. (Légifrance)

Autrement dit : un DUERP sans plan d’action, sans date de mise à jour, sans traçabilité et sans lien avec les réalités de terrain est juridiquement fragile.

Le grand angle mort : les risques psychosociaux !

Beaucoup d’entreprises disposent d’un DUERP orienté vers les risques physiques : chutes, incendie, machines, produits chimiques, manutention, circulation, bruit, équipements de protection individuelle.

Mais un nombre important d’organisations oublient, minimisent ou traitent de manière trop superficielle les risques psychosociaux.

C’est pourtant une erreur majeure.

Les principes généraux de prévention imposent notamment d’évaluer les risques qui ne peuvent être évités, d’adapter le travail à l’homme, de planifier la prévention en intégrant l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales, ainsi que les risques liés au harcèlement moral, au harcèlement sexuel et aux agissements sexistes.

Les RPS ne sont donc pas un sujet annexe, ni un simple thème QVCT. Ils constituent une composante obligatoire de l’évaluation des risques professionnels.

Le référentiel issu des travaux du collège d’expertise présidé par Michel Gollac identifie six grandes familles de facteurs de risques psychosociaux : intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, autonomie et marges de manœuvre, rapports sociaux et reconnaissance, conflits de valeurs, insécurité de la situation de travail.

Ces facteurs doivent pouvoir être évalués, objectivés, analysés par unité de travail, service ou population exposée. Un DUERP qui ne comporte aucun volet structuré sur la charge de travail, les tensions managériales, les conflits internes, les violences, l’autonomie, les exigences émotionnelles ou les conflits de valeurs ne reflète pas l’ensemble des risques auxquels les salariés peuvent être exposés.

Pourquoi l’enjeu dépasse la simple amende

La sanction administrative annoncée est spectaculaire, mais elle n’est qu’une partie du risque.

Un DUERP absent, obsolète ou incomplet peut fragiliser l’employeur dans plusieurs situations : contrôle de l’inspection du travail, accident du travail, maladie professionnelle, alerte du CSE, enquête interne, contentieux prud’homal, harcèlement moral, surcharge de travail, burn-out, faute inexcusable ou mise en cause de la responsabilité du dirigeant.

En matière de santé mentale au travail, la difficulté est souvent probatoire. L’employeur doit être capable de démontrer qu’il a identifié les risques, qu’il les a évalués sérieusement, qu’il a mis en œuvre des actions concrètes et qu’il a assuré un suivi.

La question n’est donc plus seulement : « Avons-nous un DUERP ? »

La vraie question devient : pouvons-nous prouver que notre DUERP reflète réellement les risques de l’entreprise, y compris les RPS, et que nous pilotons effectivement les actions de prévention ?

Les trois priorités à engager dès maintenant

Première priorité : auditer le DUERP existant.
Date de dernière mise à jour, unités de travail, méthode d’évaluation, cotation des risques, implication du CSE, traçabilité, conservation, transmission au service de prévention et de santé au travail, existence d’un plan d’action : tout doit être vérifié.

Deuxième priorité : structurer le volet RPS.
L’évaluation des risques psychosociaux doit reposer sur une méthode reconnue, compréhensible et exploitable. Le référentiel Gollac constitue aujourd’hui un socle robuste pour analyser les facteurs organisationnels, relationnels et managériaux qui peuvent affecter la santé mentale des salariés.

Troisième priorité : documenter les actions.
La prévention ne se limite pas au diagnostic. Ce qui protège l’employeur, c’est la capacité à démontrer une chaîne complète : risque identifié, niveau de criticité évalué, action décidée, responsable désigné, échéance fixée, indicateur suivi, mise à jour réalisée.

SignalRH : structurer, piloter et tracer le volet RPS de la prévention, et pas seulement!

SignalRH accompagne les organisations dans l’évaluation des risques psychosociaux, le pilotage des actions de prévention et la traçabilité des démarches en lien avec le DUERP.

La plateforme permet notamment de structurer l’évaluation RPS autour de facteurs scientifiquement reconnus, d’analyser les résultats par service ou unité de travail, d’identifier les signaux faibles, de suivre les plans d’action et de conserver une traçabilité utile en cas de contrôle, d’alerte ou de contentieux.

SignalRH ne se limite pas à produire un diagnostic ponctuel. L’objectif est d’aider les employeurs à passer d’une logique documentaire à une logique de pilotage continu de la prévention : évaluer, comparer, suivre, corriger, documenter.

Dans un contexte où le DUERP pourrait devenir un point de contrôle financier majeur, cette capacité de preuve devient essentielle.

Conclusion : 2026 va être l’année de la mise en conformité réelle

Le projet de loi en cours d’adoption envoie un message fort : le DUERP n’est plus un document secondaire. Il devient un marqueur de sérieux, de conformité et de gouvernance sociale.

Pour les dirigeants, DRH, DGS, responsables prévention, juristes et membres du CSE, l’enjeu est immédiat : ne pas attendre le contrôle pour découvrir que le DUERP est absent, dépassé ou incomplet.

Le risque financier peut devenir considérable. Mais le risque humain, social et juridique l’est déjà.


Préparer 2026, c’est donc auditer son DUERP, intégrer réellement les risques psychosociaux, documenter ses actions et mettre en place une démarche de prévention traçable, vivante et opposable.


SignalRH accompagne les employeurs dans cette transition.
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