Amende 4 000 € par salarié -DUERP absent ou non conforme

Auteur

Jean-François

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Le projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, définitivement adopté par le Parlement le 11 mai 2026, prévoit d’intégrer l’absence de DUERP dans le régime des amendes administratives prononcées par l’administration du travail. Dans sa rédaction adoptée, l’article L.8115-1 du Code du travail serait complété pour viser les dispositions relatives au DUERP, « en cas d’absence du document ». Le texte adopté par le Sénat précise toutefois qu’il s’agit encore d’un texte adopté provisoire, seule l’impression définitive ayant valeur authentique.

Une bascule majeure : du risque pénal au risque administratif direct

Jusqu’à présent, l’absence de transcription ou de mise à jour des résultats de l’évaluation des risques dans le DUERP relève principalement d’une sanction pénale : une contravention de 5e classe, prévue par l’article R.4741-1 du Code du travail. Ce texte sanctionne le fait de ne pas transcrire ou de ne pas mettre à jour les résultats de l’évaluation des risques dans les conditions prévues par le Code du travail.

Dans les faits, beaucoup d’employeurs ont fini par considérer ce risque comme relativement théorique. Non parce que l’obligation n’était pas sérieuse, mais parce que la sanction supposait une logique pénale, donc un chemin de contrôle, de constatation et de poursuite parfois moins immédiat.

Le nouveau dispositif change la philosophie du contrôle. L’inspection du travail disposerait d’un levier administratif direct : sur constat d’un manquement entrant dans le champ de l’article L.8115-1, l’autorité administrative peut prononcer une amende administrative, en l’absence de poursuites pénales. Le montant maximal de cette amende est fixé par l’article L.8115-3 du Code du travail à 4 000 €, applicable autant de fois qu’il y a de travailleurs concernés par le manquement.

Autrement dit, le risque n’est plus seulement celui d’une amende forfaitaire limitée. Il devient potentiellement proportionnel à l’effectif concerné.

4 000 € par salarié : une sanction qui change l’ordre de grandeur

Le chiffre est parlant.

Pour une entreprise de 10 salariés, le risque maximal théorique peut atteindre 40 000 €.
Pour une entreprise de 30 salariés, 120 000 €.
Pour une entreprise de 50 salariés, 200 000 €.
Pour une entreprise de 100 salariés, 400 000 €.

Et ce plafond peut être doublé en cas de récidive dans les conditions prévues par le Code du travail. L’article L.8115-3 prévoit en effet que le plafond de l’amende est doublé en cas de nouveau manquement constaté dans un délai de deux ans à compter de la notification de l’amende concernant un précédent manquement de même nature.

C’est ici que le sujet devient stratégique pour les directions générales, DRH, DAF, responsables prévention, juristes et membres du CSE. Le DUERP n’est plus un document secondaire. Il devient un élément de gouvernance sociale et de maîtrise du risque.

Attention à la nuance juridique : absence du DUERP, non-conformité et défaut de mise à jour

Il faut être juridiquement rigoureux.

Dans la rédaction finale du texte adopté par le Sénat, le nouveau 6° de l’article L.8115-1 vise les dispositions relatives au DUERP « en cas d’absence du document ». Cette formulation cible donc clairement l’absence de DUERP.

Certaines analyses professionnelles évoquent également le défaut de mise à jour du DUERP comme entrant dans la logique de durcissement, notamment parce que le régime pénal actuel sanctionne déjà l’absence de transcription ou de mise à jour des résultats de l’évaluation des risques. Les Éditions Tissot indiquent ainsi que le projet crée une amende administrative permettant à l’inspection du travail de sanctionner directement l’absence ou le défaut de mise à jour du DUERP, sous réserve de l’absence de poursuites pénales.

Pour une communication juridiquement solide, il convient donc de distinguer trois situations :

1. DUERP totalement absent
C’est le cas le plus directement visé par le nouveau régime administratif annoncé. L’entreprise s’expose potentiellement à l’amende administrative de 4 000 € par salarié concerné.

2. DUERP non mis à jour
Le défaut de mise à jour est déjà sanctionné par l’article R.4741-1 du Code du travail. Il constitue aussi un indice majeur de non-respect de l’obligation de prévention.

3. DUERP existant mais juridiquement fragile ou non conforme
Même si la formulation du texte adopté vise expressément l’absence du document, un DUERP incomplet, obsolète, générique, non actualisé, sans évaluation réelle des risques ou sans volet RPS structuré reste un risque juridique important. Il peut fragiliser l’employeur en cas de contrôle, d’accident du travail, de maladie professionnelle, d’alerte CSE, de contentieux prud’homal ou de mise en cause de son obligation de sécurité.

La bonne formulation n’est donc pas seulement : « avez-vous un DUERP ? »
La vraie question devient : « votre DUERP est-il existant, à jour, complet, traçable et conforme aux réalités de votre organisation ? » et les RPS ? une des annexes obligatoire !

Le DUERP conforme : beaucoup plus qu’un simple document

Le Code du travail est clair : le DUERP doit répertorier l’ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs et assurer la traçabilité collective de ces expositions. Il ne s’agit donc pas d’un fichier administratif standard, ni d’un modèle générique téléchargé puis oublié dans un dossier informatique.

Un DUERP conforme doit notamment permettre de démontrer :

  • que les risques professionnels ont été réellement identifiés ;
  • que l’évaluation tient compte des unités de travail ;
  • que les risques sont hiérarchisés ;
  • que les actions de prévention sont définies ;
  • que les mises à jour sont tracées ;
  • que les versions successives sont conservées ;
  • que les risques psychosociaux sont intégrés ;
  • que l’évaluation débouche sur un plan d’action adapté ou, pour les entreprises concernées, sur un programme annuel de prévention.

L’article L.4121-3-1 prévoit également que le DUERP, dans ses versions successives, doit être conservé par l’employeur et tenu à disposition des travailleurs, anciens travailleurs et personnes ou instances pouvant justifier d’un intérêt à y avoir accès, pour une durée qui ne peut être inférieure à quarante ans.

Autrement dit, le DUERP est aussi un outil de preuve.

Le grand oubli : les risques psychosociaux doivent être intégrés

Le point le plus sensible pour de nombreuses entreprises concerne les risques psychosociaux.

Beaucoup d’organisations disposent d’un DUERP relativement complet sur les risques physiques : incendie, manutention, chutes, équipements, bruit, produits chimiques, circulation, machines, EPI. Mais elles traitent encore trop souvent les RPS comme un sujet séparé, relevant de la QVCT, du climat social ou du management.

C’est une erreur.

Les risques psychosociaux sont des risques professionnels. Ils doivent donc être évalués, intégrés et suivis dans le cadre de la démarche DUERP. Charge de travail, intensité du travail, exigences émotionnelles, perte d’autonomie, rapports sociaux dégradés, conflits de valeurs, insécurité de l’emploi, violences internes ou externes, harcèlement, tensions managériales : tous ces facteurs peuvent affecter la santé mentale des salariés.

Un DUERP qui ignore les RPS, ou qui les traite en trois lignes génériques, peut être juridiquement fragile.

Et cette fragilité peut devenir décisive en cas de burn-out, d’alerte du CSE, d’enquête interne, de signalement de harcèlement, d’accident du travail reconnu, de contentieux prud’homal ou de mise en cause de l’obligation de sécurité de l’employeur.

Pourquoi les DRH doivent agir avant le contrôle

Le nouveau régime annoncé ne doit pas être lu uniquement comme une menace financière. Il traduit une évolution plus profonde : l’administration veut disposer d’outils plus rapides, plus directs et plus dissuasifs pour sanctionner les manquements aux obligations sociales et de prévention.

Le DUERP entre ainsi dans une logique de conformité active.

Pour les DRH, cela signifie que le sujet ne peut plus être renvoyé uniquement au service sécurité, à un consultant externe ou à un fichier Excel mis à jour une fois par an. Le DUERP doit devenir un outil vivant, articulé avec la politique RH, le dialogue social, la prévention des risques, les plans d’action, les alertes internes et les indicateurs de santé au travail.

En pratique, un employeur doit pouvoir répondre immédiatement à plusieurs questions :

  • Où est le DUERP ?
  • Quelle est sa date de dernière mise à jour ?
  • Quelles unités de travail sont couvertes ?
  • Les risques psychosociaux sont-ils évalués ?
  • Les actions de prévention sont-elles documentées ?
  • Qui pilote les actions ?
  • Quels indicateurs sont suivis ?
  • Le CSE a-t-il été associé lorsque cela était nécessaire ?
  • Les versions successives sont-elles conservées ?
  • Le DUERP est-il réellement adapté à l’organisation actuelle ?
  • Si l’entreprise ne peut pas répondre clairement à ces questions, elle n’a pas seulement un problème documentaire. Elle a un problème de conformité.

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Le risque financier n’est que la partie visible


L’amende de 4 000 € par salarié attire l’attention. C’est normal. Elle rend le risque concret, chiffrable, immédiatement compréhensible.

Mais le risque DUERP dépasse largement l’amende.

Un DUERP absent ou insuffisant peut être utilisé comme élément à charge dans plusieurs situations : accident du travail grave, maladie professionnelle, faute inexcusable, harcèlement moral, surcharge de travail, contentieux prud’homal, contrôle de l’inspection du travail, alerte du CSE, droit d’alerte, crise sociale, réorganisation mal anticipée.

Le DUERP n’est donc pas seulement un document de conformité. C’est un élément de défense de l’employeur.

Un DUERP sérieux ne supprime pas le risque. Mais il permet de démontrer que l’entreprise a identifié les dangers, évalué les risques, mis en place des mesures de prévention, suivi leur réalisation et actualisé sa démarche.

À l’inverse, un DUERP absent, ancien, générique ou incomplet donne l’image d’une prévention formelle, voire inexistante.

Ce qu’un DUERP conforme devrait contenir aujourd’hui

Un DUERP conforme ne se limite pas à une liste de risques. Il doit permettre de comprendre la réalité de l’exposition des salariés.

Il devrait notamment contenir :

  • une identification claire des unités de travail ;
  • une évaluation des risques physiques, chimiques, biologiques, organisationnels et psychosociaux ;
  • une cotation ou hiérarchisation compréhensible des risques ;
  • une analyse spécifique des populations ou situations exposées ;
  • une prise en compte des transformations récentes : télétravail, surcharge, réorganisation, sous-effectif, outils numériques, management à distance ;
  • un volet RPS structuré ;
  • un plan d’action (ou PAPRIPACT) opérationnel ;
  • des responsables identifiés ;
  • des délais de réalisation ;
  • des indicateurs de suivi ;
  • une preuve des mises à jour ;
  • une traçabilité des versions successives.

Pour les entreprises d’au moins 50 salariés, l’évaluation des risques doit alimenter un programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail. Pour les entreprises de moins de 50 salariés, elle doit déboucher sur une liste d’actions de prévention et de protection. Ces obligations ressortent de l’article L.4121-3-1 du Code du travail.

Le MEGA piège du “DUERP vitrine”

Le pire réflexe serait de chercher à produire rapidement un DUERP uniquement pour pouvoir dire : “nous en avons un”.

Car demain, le sujet ne sera pas seulement l’existence du document. Ce sera sa capacité à prouver une démarche réelle.

Un DUERP vitrine, standardisé, non actualisé, sans volet RPS sérieux, sans lien avec les unités de travail, sans plan d’action et sans traçabilité, peut donner une fausse impression de sécurité. En cas de contrôle ou de contentieux, il peut au contraire révéler l’insuffisance de la démarche de prévention.

Le DUERP doit être un document exploitable par la direction, les RH, les managers, les préventeurs, le CSE et les services de santé au travail.

Il doit permettre d’agir.

Trois actions à engager immédiatement

Première action : auditer le DUERP existant.
Il faut vérifier son existence, sa date, sa structure, ses unités de travail, sa mise à jour, ses versions successives, son accessibilité, sa cohérence avec l’organisation réelle et son articulation avec les actions de prévention.

Deuxième action : intégrer réellement les RPS.
L’évaluation des risques psychosociaux doit être structurée, documentée et exploitable. Elle ne peut pas se limiter à une mention générale. Les facteurs de risques doivent être analysés au regard du travail réel : charge, autonomie, exigences émotionnelles, rapports sociaux, conflits de valeurs, insécurité, tensions, violences, harcèlement.

Troisième action : tracer les plans d’action.
La prévention doit laisser des traces : actions décidées, responsables, échéances, indicateurs, suivi, clôture, réévaluation. C’est cette traçabilité qui protège l’employeur en cas de contrôle ou de contentieux.

SignalRH : passer d’un DUERP formel à une prévention pilotée

SignalRH accompagne les organisations dans l’évaluation structurée des risques psychosociaux et le pilotage des actions de prévention en lien avec le DUERP.

La plateforme permet de dépasser la logique du document figé pour entrer dans une logique de prévention continue : évaluer les RPS, analyser les résultats par unité de travail ou service, identifier les signaux faibles, suivre les plans d’action, documenter les mesures prises et renforcer la traçabilité de la démarche.

Dans un contexte où l’absence de DUERP pourrait exposer l’employeur à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné, l’enjeu devient évident : il ne suffit plus d’avoir un document. Il faut disposer d’un DUERP vivant, conforme, exploitable et opposable.

Conclusion : le DUERP devient un sujet de direction

L’amende de 4 000 € par salarié n’est pas seulement une nouvelle sanction. C’est un signal politique, juridique et opérationnel.

Elle signifie que le DUERP entre dans une nouvelle ère : celle de la preuve, de la traçabilité et de la responsabilité.

Les employeurs qui n’ont pas de DUERP doivent agir immédiatement. Ceux qui disposent d’un document ancien, incomplet ou purement formel doivent le revoir sans attendre. Et ceux qui n’ont pas encore intégré les risques psychosociaux dans leur démarche doivent comprendre que ce point devient central.


En 2026, le vrai risque ne sera plus seulement de ne pas avoir de DUERP. Ce sera d’être incapable de démontrer que l’entreprise évalue réellement ses risques, y compris psychosociaux, et qu’elle pilote effectivement ses actions de prévention.

SignalRH aide les employeurs à structurer cette démarche, à sécuriser leur volet RPS et à renforcer la conformité de leur politique de prévention tout en les accompagnant sur leur DUERP (nous sommes IPRP/DREETS).



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